Cadavre exquis revisité et poésie fragmentée
- Vincent Pessama
- 27 mars
- 3 min de lecture
Après avoir travaillé en janvier et février sur une nouvelle, je vous proposais en mars deux exercices créatifs.

Cadavre exquis revisité
Le jeu fonctionne sur le principe des feuilles tournantes et permet d'écrire une histoire courte à plusieurs main.
J'ai distribué à chacun une petite feuille pliée en trois dont chaque face était numérotée.
La règle du jeu était la suivante :
La première étape consiste à écrire une ou plusieurs phrases sur la totalité de la page 1 (le début d'une histoire).
Le support est ensuite passé à son voisin qui doit écrire la suite de l'histoire sur la page 2.
Le support circule à nouveau et le suivant doit écrire sur la page 3 la suite de la page 2 mais sans avoir lu la page 1.
Et ainsi de suite.
La lecture du texte à voix haute est réalisée à la fin du dernier tour.
Le résultats final offre des textes surprenants, humoristiques, parfois poétiques.
Voici un exemple recopié par Gene.
Page 1 - Je m'allonge à plat ventre sur la table, mon front repose dans un trou percé à cet effet, mes bras sont ballants, j'essaie de me détendre sur les conseils du praticien.
Page 2 - Il remonte un peu le léger drap qui me recouvre. Puis pose ses deux mains à plat au niveau de mes omoplates. Je sens leur chaleur.
Page 3 - Mais soudain, alors qu'un sentiment de bien-être me parcourait, il plaça brutalement un genou sur mes reins dénudés et hurla sans retenue : Tu vas mourir, sale garce !
Page 4 - Ce qu'il ne savait pas, c'est que toutes les semaines, je fréquentais un club de self-défense ! Une torsion, une manchette bien ajustée et il vola sur la descente de lit. J'étais sur lui, prêt à frapper de nouveau ! Humblement, il me demanda pardon...
Page 5 - Pardon ? Tu peux toujours courir, mon coco. Tu n'es qu'au début de tes souffrances. Je suis aussi une pro des enchainements de manchettes. Et je saurai bien te faire passer l'envie de recommencer !
Poésie fragmentée
J'ai distribué un document comprenant des morceaux d'un poème de Raymond Federman nommé Fuite.

Les règles du jeu étaient les suivantes :
Découpez tous les fragments présents sur cette feuille.
Assemblez les fragments afin de composer un ou plusieurs poèmes en vers libres.
Le défi est d’utiliser un maximum de fragments.
Aucun fragment ne peut être utilisé deux fois.
La ponctuation est libre et doit être ajouté à la main.
Il faut respecter les temps et les accords des fragments.
Chaque poème composé sera recopié au stylo avec les majuscules, la ponctuation et un titre.
Deux approches étaient possibles : classer les fragments par catégories (verbes, adjectifs, temps, pronoms…) avant de commencer ou travailler par assemblages instinctifs.
Voici un poème de Gene écrit avec quelques-uns de ces fragments :
Tous les jours,
Sous un ciel indifférent,
La lune à petits pas.
Des étoiles,
Un oiseau à l'œil bleu
Une plume jaune
En forme de feuille.
Dans la tête,
La curiosité.
Dans mon cœur,
Mon surcroit de vie.
Je me suis mis à aimer si fort...
Ma vie a commencé !
Enfin, voici le poème Fuite de Raymond Federman en intégralité.
Je l'avais choisi car il ne possède aucune ponctuation ni majuscule.
ma vie a commencé dans un placard
sous les dépouilles et la poussière
je suçais des morceaux de sucre volés
dehors la lune à petits pas arpentait le toit
ponctuant le début de mon surcroit de vie
replié dans la fragilité de mon aventure
la curiosité me poussa dans l’escalier
mais je butai sur la douzième marche
et les portes ouvrirent des yeux muets
d’effarement devant ma nudité
pendant que je courais sous le ciel indifférent
les mains serrées sur un paquet de peur
une étoile jaune tomba du ciel
et frappa ma poitrine
c’est alors qu’ils m’attrapèrent
et m’enfermèrent dans une boîte
qu’ils trainèrent partout sur la terre
pour figurer ma honte
autour ils se battaient à coup de pierres
et faisaient des étoiles un énorme brasier
tous les jours ils venaient me toucher
mettre leurs doigts dans ma bouche
et me marquer de noir et ce bleu
mais par une fissure dans le mur
je vis un arbre en forme de feuille
et un matin un oiseau me vola dans la tête
je me mis à aimer si fort cet oiseau
que quand mon maître à l’oeil bleu
regarda le soleil et s’aveugla
j’ouvris la cage et cachai
mon cœur dans une plume jaune
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